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Raôul Duguay, omnicréateur québécois, force claire, passionnée, agissante : « Peindre m’est urgence »

Une chronique de Lise F. Meunier  
parue dans le journal Le Tour, été 2014, vol 31, no 4.
En roulant vers l’atelier de Raôul Duguay, j’avais le bonheur d’admirer un coin de pays printanier. L’artiste m’attendait au soleil; notre conversation s’amorça en commentant des œuvres qui habitent les pièces menant jusqu’à son atelier. Plusieurs toiles de la production en cours sont déjà en pré-exposition : un hymne à la beauté de l’arbre, sa symbolique, ses saisons.
« L’art est un arbre. La créativité est un arbre. Toutes les branches de l’art s’appellent et se  répondent. Tout est interconnecté, en correspondance avec tout. Bref, comme le disait le philosophe présocratique Anaxagore : touttt est dans touttt. ».
Dehors, dans « l’atelier de sculpture », inondé de lumière, nous tournons d’abord autour de « Mon propos » :
« La beauté du monde est en péril. Les éléments essentiels à la vie, pollués par la pensée mercantile, sont devenus très fragiles. J’entends le cri de l’eau, celui de l’air et celui de la terre et peindre m’est urgence»   Et l’artiste commente : « Il est toujours urgent de créer; c’est un tremplin et sans cela, ça va mal! ».
Raôul Duguay, autodidacte en peinture, comme en musique présente un cv à dix-huit « chapeaux »! Poète-philosophe, auteur, auteur-compositeur, idéateur, directeur artistique, formateur et conférencier, peintre et sculpteur, … comédien, pédagogue, critique littéraire, animateur des ateliers La voie de la voix, professeur de philosophie et d’esthétique (Université de Montréal, Cégep de Maisonneuve), porte-parole EAU SECOURS!  « Rêveur réveillé…humaniste engagé » à témoigner de la beauté du monde envers et contretouttt.
« …La trajectoire de sa pensée et de sa créativité a pour objectif une constante : l’unification de l’art, de la science et de la conscience. Raôul Duguay a gardé de son pays natal (Val d’Or, en Abitibi), la nécessité de vivre dans la nature. » LA meilleure source! « En l’occurrence, ce que me donne la peinture que ne me donne pas tout le reste de ma créativité multidisciplinaire, c’est d’abord de m’apprendre à voir avec mes mains. »
Il explicite alors les deux voies de sa démarche: les compositions structurées, qui m’apparaissent comme des vibrations; nouveau pointillisme, réalisé aux poinçons, avec une attention « zen »; c’est la voix longue : l’intuition préside au choix des couleurs, le rationnel met en scène. Les bulles, de grosseurs variées s’animent dans un arbre, un buisson de fleurs,  ou une abstraction, avec des dominantes de rose, turquoise, rouge ; titres évocateurs : « Aux deux pôles de mon être, la même promesse : fleurir », « Vertige vert », « Aller gazouiller dans les prés », « Danse tzigane ».  « Nordicité », le thème des bouleaux, illustrait déjà la voie longue et l’évolution du message, de la verticalité à la chute vers la mort et la renaissance.
Deuxième voix plus spontanée, plus courte : celle du défi, de la réaction (les fleurs-réponses à l’hiver). Le concept de l’arborescence, ce qui grandit, dans l’exagération porteuse d’imprévus, traduit dans un « art synthétique: tout …en même temps : le geste, le choix des couleurs, la direction des courbes et des droites, l’épaisseur qui définit le relief…savoir quand partir, … quand s’arrêter...Création pure... Touttt est possible! » Et les titres s’allument : « À l’aube les étoiles…, Herbes folles, 2007, Vertiges, 1998, Du plus profond de mes racines, fleurir, fleurir, fleurir, 2010 ».
Merci, merci Raôul Duguay!