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Ô KÉBÈK (Ô Québec) : un hymne est beaucoup plus qu'une chanson


Il est des traditions auxquelles on ne peut guère échapper. Lorsqu’un jeune pays accède à l’indépendance et demande son admission dans le concert des nations, il n’oublierait pour rien au monde trois éléments essentiels: un drapeau, des armoiries et, bien entendu, un hymne national. Chaque État du monde possède aujourd’hui son hymne. Y compris ceux qui n’ont pas encore de reconnaissance officielle. Indispensable symbole, presque initiatique, ce chant permet d’ëtre reconnu en tant que nation souveraine, aussi bien d’ailleurs par le reste du monde que par ses propres citoyens.
Jean-Marc Cara, Le concert des nations, Éditions 1, 2004.

Quand j’ai relevé le défi d’écrire les paroles et la musique de l’hymne national que je propose ici, je n’ai rien pris à la légère. Porter une parole à l’image de tout un peuple et composer la musique qui lui donne son allant, n’est pas aussi simple qu’écrire une chanson. Un hymne est beaucoup plus qu’une chanson. Un hymne est l’écho du coeur et de l’âme d’une nation. L’image d’une nation doit refléter à la fois ce qui touche son coeur et ce qui active sa pensée.

La thématique
C’est pourquoi la thématique que j’ai proposée dans l’élaboration des huits couplets de la version complète s’est articulée autour des symboles et des valeurs propres à notre nation avec une référence à son histoire (ancêtres et gens venus d’ailleurs) à sa géographie, aux traits caractéristiques de sa culture, à sa langue et à ses valeurs morales.

Le Comité pour un hymne national
Porter le poids de cette responsabilité me fut parfois pénible tellement la justesse dans la sélection des mots pour brosser le portrait culturel d’un peuple m’apparut essentielle. Pour ce faire, les membres du Comité pour un hymne national, initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, me sont venus en aide. C’est d’abord grâce à la demande de Charles Campbell, le véritable instigateur et mécène de cet hymne, que j’ai répondu en venant assister à une séance de remue-méninges en compagnie des autres membres du Comité, messieurs Mario Beaulieu, Daniel Turp, François Cousineau, Richard Quirion, Denis Gougeon et Jacinthe Béliveau.

La musique
En ce qui a trait à la musique, j’ai choisi le refrain d’un hymne au Saint-Laurent que j’avais déjà écrit. Grâce au génie créateur d’Alain Sauvageau qui en a écrit la dernière partie, et surtout, grâce à ses arrangements et à son orchestration, l’hymne ô Kébèk (ô Québec) a pris son ampleur et son majestueux envol. S’inspirant des images contenues dans mon texte, il a créé des références musicales appropriées et, par le choix d’une instrumentaion pertinente, donné à chaque couplet sa couleur symbolique. Ces références sont inscrites sous les versets de l’hymne de même que les mots-clés de la thématique. D’autre part, en symbolisant la voix de toute la nation, l’apport de la Chorale de l’Art Neuf contribue grandement à donner à cet hymne toute sa magnificence.

Les 195 hymnes nationaux
Après avoir lu les textes et écouté la musique de chacun des 195 hymnes nationaux, quelques constantes se dégagent de l’ensemble des textes et musiques. Dans la majorité des cas, la musique est militaire et le texte qu’elle soutient fait souvent appel à la violence, voire à la guerre. À l’inverse de cette tendance historique à la manière de La Marseilleise, et à l’instar de la plupart des pays africains, le texte que je propose avance des images de paix, de beauté du pays et de partage des richesses naturelles et culturelles. Toutes les paroles de mon poème incitent à l’amour du pays, à la solidarité et au rassemblement pacifique.

L’identité d’une nation
Bien sûr, un tel effort d’inclusion de toutes les cultures habitant notre territoire peut sembler s’appuyer sur un idéalisme parfois difficile à intégrer dans la vie quotidienne d’une nation. Cependant, comme un hymne national a pour cause et effet de rassembler la diversité des gens du pays, il doit nécessairement proposer une philosophie de la vie en communauté qui porte l’idéal de l’unité dans la diversité. Est-ce une utopie que de vouloir vivre ensemble dans la paix? Un hymne national doit donner à une nation qui le chante ou l’écoute, un puissant sentiment d’appartenance et d’identité nationale.

La souveraineté
L’hymne national que je propose est l’expression du sentiment national et de la loyauté envers la nation

Pour le révolutionnaire Emmanuel Sieyès, la nation est une entité qui existe naturellement et dont la volonté ne peut s’exprimer que par ses représentants. Elle est la seule source de souveraineté: « Le peuple, c’est la nation. »

Enfin, il se peut que la création de cet hymne soit l’oeuvre la plus importante de ma vie de poète. Alain Sauvageau et moi sommes vraiment fiers de donner à la nation du Kébèk, cet hymne national. Notre voeu le plus cher est qu’en l’écoutant et en le chantant en français, se réallume la flamme de la fierté dans nos coeurs et nos âmes de citoyens et que, de sa lumière naisse le pays souverain du Kébèk.

Raôul Duguay