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Un moment de grâce...


« [...] Raôul est là, sa conjointe, son frère Raymond, ses autres frères et soeurs de Val-d'Or et bien des visages connus. Nous devons être 200 personnes à peu près. Tout à coup, je ressens comme une grande vague d'émotions en revoyant ces sourires, ces clins d'oeil, cet accueil... [...]

« Josée s'approche du lutrin, elle parle du film réalisé par Dominic [Leclerc], elle pense beaucoup de bien de son talent et de son travail, elle nous raconte l'émotion du cinéaste, l'impression qu'a faite Raôul sur lui, ce qui se ressent vivement dans chaque image, chaque parole, chaque plan-séquence, et dans la facture très épurée du film qui laisse toute la place à Raôul. Télé-Québec est fière, dit-elle, de s'être associée à ce jeune cinéaste de talent pour rendre compte de la démarche de l'artiste, et rendre hommage à l'homme, Raôul Duguay. Et puis elle enchaîne en racontant plein d'anecdotes savoureuses. [...]

« La directrice générale du CEVD et la conjointe de Raôul Duguay, tour à tour, avec simplicité et chaleur, viennent nous présenter l'artiste, peintre, sculpteur, puis l'homme, qui reste bien tranquille, attendant sagement son heure, heureux, chez lui, à Val-d'Or, au milieu des siens à écouter ces présentations. Mesdames et Messieurs, Raôul Duguay!

« Pas un mot de Raôul. C'est sa trompette qui s'exprime. Il se promène à travers nous, jouant une pièce musicale tellement belle, je n'ai jamais rien entendu de si émouvant et de si pur. Il nous regarde tous un par un. Ses yeux sourient. Il tournoie sur lui-même, il marche, se déplace, fait la ronde à lui tout seul et sérénade tout le monde qui est là. Un enfant heureux. J'ai vu hier un enfant heureux, de 71 ans, qui nous présentait ses oeuvres récentes, le président d'honneur du Salon du livre et des festivités du 75e anniversaire de sa ville natale, Dans ce pays qui était comme un oeuf/Le 13 février 1939/J'suis né à Val-d'Or en Abitibi/Dans ce pays qui est encore toutt neuf...

« Raôul termine sa pièce musicale à la trompette en donnant tout ce qu'il a, avec un grand sourire, les bras ouverts. On l'applaudit à tout rompre. Merci. Merci Raôul. Il porte ses mains à son coeur, nous l'envoie avec des bisous, nous fait signe que c'est assez, on se tait, on est sous le charme. Et puis là, c'est là, là, juste là que... à dix pieds de moi...

« A capella, il commence à chanter Moé j'viens de l'Abitibi/Moi j'viens de la Bittt à Tibi/Moé j'viens d'un pays qui est un arbre fort/Moi j'viens d'un pays qui pousse dans le Nord...

« On chante avec lui. Spontanément. Ça vient de notre fond. On chante fort. Le plafond en lève au Centre d'exposition de Val-d'Or. On est fiers. On est de la même famille. De la même race. Du même sang. De la même nature. C'est notre chanson. Celle qu'il nous a donnée. À nous, gens de l'Abitibi, comme lui. Il vient nous la chanter en pleine face, livrée chez lui, chez nous, à Val-d'Or. De toute son âme. Avec fougue et passion. Notre Bittt à Tibi devenue notre hymne, celui que le Québec nous emprunte à la Fête nationale mais qui nous appartient le reste de l'année et qu'on partage tant que vous voulez. On en connaît chaque mot, chaque histoire derrière chaque mot, nos lacs, nos rivières, nos forêts, nos bleuets, notre histoire si jeune, nos pionniers, notre ventre en or... Coooooolonisé... À libérer...

« Un moment de grâce. La Bittt à Tibi en direct devant moi, avec Raôul qui se désâme, beau comme un enfant heureux. Je n'oublierai jamais ça. L'énergie qu'il y avait là. À la fin, dans le À libérer politique et social qu'on a chanté ensemble, il y a eu deux secondes de silence. On a entonné tout de suite Mon cher Raôul, c'est à ton tour de te laisser parler d'amour et il se laissait bercer par nous, les yeux fermés, le grand sourire, la main sur le coeur. On lui devait bien ça!

« C'était hier, entre 5 et 7, et ça a continué de même quand il nous a raconté ses souvenirs, son enfance à Val-d'Or, son attachement à la région, à ses parents, à sa famille, à son monde. J'ai vu ses toiles, majestueuses, magnifiques, ses sculptures, sa talle de bleuets géants, si drôle, sa source, la source Gabriel qu'il l'appelle. Ici, on sait que c'est de Gabriel Commanda qu'il s'agit mais aussi de la Maison de soins palliatifs à Val-d'Or, La Source Gabriel. Ses combats pour l'environnement, l'eau, ses prises de position pacifiques mais efficaces et acharnées, pour l'or bleu, source de vie. La région aux 100 000 lacs, les eskers, les rivières, l'Harricana... Cooooooolonisé... À libérer.

« Oui, oui, j'ai vu le film de Dominic. Fabuleux de vérité, de sobriété, de respect pour l'homme et l'artiste. J'irai le revoir. C'est pas loin, Val-d'Or... »

Extrait d'un billet de Francine Turbide alias Zoreilles,
reproduit avec l'autorisation de l'auteure et de
Turbide communications.