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L’art est un arbre

Raôul Duguay est ici en compagnie de Daniel Charest, président de l'AQÉSAP (Association québécoises des éducateurs en arts plastiques) et deux enseignantes en arts plastiques, lors du Congrès 4 Arts tenu à Trois-Rivières le 14 novembre 2008. Le Congrès 4 Arts regroupait les enseignantes et enseignants en danse (RQD), en arts plastiques (AQÉSAP), en art dramatique (ATEQ) et en musique (FAMEQ) du Québec.

Son allocution portait sur la correspondance entre ces différentes disciplines artistiques.


La créativité est un arbre. Toutes les branches de l’art s’appellent et se répondent. Tout est interconnecté, en correspondance avec tout. Bref, comme le disait le philosophe présocratique Anaxagore : touttt est dans touttt.

Dans l’arbre de l’imagination, chantent les couleurs, dansent les formes, sonnent les mots et se peignent les musiques des émotions.

Branchés sur les arts de toutes les façons, thème choisi pour le Congrès 4 Arts 2008, réfère au symbole de l’arbre, image idéale représentant le processus de toute forme de créativité. Dans toutes les civilisations de toutes les époques, les hommes ont établi une correspondance entre l’arbre et l’imagination. Comme l’arbre, enraciné à la fois dans le ciel et dans la terre, l’imagination unit la matière et l’esprit, la réalité et le rêve. Comme l’arbre, elle est une source perpétuelle de régénération.

Dans un monde où l’imagination des politiciens ne semble branchée que sur l’économie, sur l’exploitation des ressources matérielles, il est heureux que les éducatrices et éducateurs en danse, en arts plastiques, en art dramatique et en musique, jettent des ponts entre leurs approches créatrices pour donner à la nouvelle génération, une piste d’envol à leurs rêves d’un monde meilleur. En se branchant ainsi sur la réalité culturelle du monde moderne dont la tendance est au multimédia, à l’interconnexion et aux multiples correspondances entre les arts, l’AQÉSAP, la FAMEQ, le RQD et l’ATEQ, font preuve d’un humanisme régénérateur dont toute société en évolution ne peut se passer.

La philosophie qui préside à l’enseignement comme à l’apprentissage de l’humanisme a pour fondement la notion de « relation ». Impossible d’enseigner humainement les arts ou toute autre matière si l’on ne parvient pas à établir une relation authentique, fondée sur le respect des différences et sur la confiance mutuelle. Alex F. Osborn, l’inventeur du brainstorming écrivait cette merveilleuse phrase : « La créativité est une fleur délicate que la confiance fait éclore mais que le doute fane au bourgeon. » Comme la créativité est l’expression de la différence, de ce qu’il y a d’unique en toute personne, elle diffère selon le vécu de chacun.

La créativité fait appel à la fois à la logique du cerveau gauche qui organise et stabilise un ordre nécessaire et à l’intuition du cerveau droit où l’imagination est au pouvoir, dérangeant ainsi l’ordre établi mais faisant avancer les choses. L’artiste, par définition, sort des modèles établis et voit les choses autrement. Pour faire fleurir l’arbre de son imaginaire et témoigner vraiment de la beauté du monde, il doit avoir la liberté d’aller voir « ailleurs », jeter un pont entre les rives de la réalité et du rêve, entre le visible et l’invisible. Traverser le pont, c’est aller à la rencontre de l’autre pour lui transmettre l’essence de son identité, lui signifier la spécificité de sa présence, attendre un peu pour en recueillir l’écho et donner un sens humain à son existence.

Grâce à l’arborescence des imaginaires, l’art est essentiellement un moyen de créer des correspondances, des analogies entre les êtres et les choses. Comme tous les arts s’appellent et se répondent, tout médium d’expression peut s’inspirer d’un autre médium. Beaudelaire n’écrivait-il pas, en 1857, dans son poème intitulé « Correspondances » : Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

La danse, la musique, les arts plastiques et l’art dramatique partagent des correspondances. Il est possible de traduire en poésie une peinture, une sculpture ou une musique, de mettre une toile ou une sculpture en musique, de peindre une musique ou un poème. L’intégration des langages esthétiques permet de varier les modes d’expression, de traduire la même émotion, la même idée, de manières différentes. Créer, c’est d’abord se créer soi-même. Plus l’on a d’outils pour exprimer l’image que l’on se fait de soi et du monde, plus grands seront les bras de notre arbre et mieux branchés nous serons pour embrasser la vie et fleurir, fleurir, fleurir.

Raôul Duguay

(Photo prise lors de la rencontre des diplômés de l'Université de Montréal, le 29 octobre dernier, où Raôul Duguay était l'un des invités d'honneur.)